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Un destin inattendu (2)
Fantastique
Tout Public
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Catégorie : Fantastique
6
3
6pts
Lecture Zen
[ Chapitre : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 ]
Chapitre 1

Lundi 2 novembre 2015, Danjoutin, Franche-Comté, France.

Le professeur a libéré la classe après le retentissement de la sonnerie. J'avais intérêt de courir vite pour ne pas rater mon premier bus. Il était déjà à son arrêt, visible depuis la sortie du collège.

« Retenez le bus ! Le bus ! Le bus ! » M'époumonais-je.

Si je le manquais, je ne pourrais pas avoir ma correspondance. Celle-ci passait une fois l'heure seulement pour un trajet de trente minutes. Malheureusement, la Mairie n'avait jamais mis en place de navettes scolaire pour les collégiens qui viennent de loin, comme moi.
Je courrais aussi vite que mes jambes me le permettaient sur le trottoir encombré par les centaines de collégiens qui marchaient lentement, les bousculant brutalement des épaules, jurant les dents serrées. J'avais droits à des injures, des exclamations consternées, mais personne ne me prêtait la moindre attention ni n'entendait mes supplications.

Arrivant à quelques mètres du bus, ses clignotants gauches s'allumèrent. Il quitta lentement son stationnement en pétaradant et klaxonnant. Un chaud nuage de fumée noire caressa mon visage ; il dégageait une désagréable odeur de diesel consumé qui me fit suffoquer. Désespérée, je poussai un hurlement résigné, en ralentissant ma course. Mes derniers pas lourds martelaient le sol. Je m'immobilisai à l'arrêt de bus déserté.

La grille des horaires indiquait que le suivant arrivait dans quinze minutes. Ma correspondance serait déjà passée à l'arrêt qu'il me fallait rejoindre. Si j'attendais le prochain bus, je ne serais pas chez moi avant vingt heures et demie. Mon retard inhabituel inquiéterait mes parents. Malheureusement, j'avais cassé mon portable la veille. Je n'avais aucun moyen de les contacter. Regardant autour de moi, je m'aperçus que j'étais seule, ce que je détestais. Les collégiens que j'avais doublés étaient déjà loin ou étaient partis en voiture.

La classe et moi avions fait le trajet, de deux kilomètres environ, qui menait à ma correspondance avec le professeur de français lors d'une sortie au cinéma. Décidant que c'était la meilleure solution, je me mis rapidement en chemin en espérant que les rues seraient bien éclairées. Un raccourci m'obligerait à traverser le bois qu'on empruntait lors du cross printanier du Collège. J'appréhendais de parcourir cette portion dans l'obscurité.

Je détestais l'hiver en raison de la nuit qui tombait tôt et du mauvais temps. J'aurais tellement aimé vivre dans l'Ouest de la France, près de l'océan, où le jour se couche plus tard, même en cette saison. Seulement, je vivais dans le Nord-Est où elles sont décalées. Le temps est froid et pluvieux les trois quarts de l'année.

Le ciel était d'un sombre gris-bleu. Les lampadaires diffusaient des cônes de lumières jaune-orangé. Mes yeux fixaient mes pieds sur le bitume qui paraissait noir par le manque de clarté. J'évitais au mieux les crottes de chiens abandonnées sur le trottoir. Le froid pinçait mon nez. Le vent cinglait mes joues, rabattait de fines mèches de mes longs cheveux roux flamboyant sur de mon visage, brouillant ma vue. Je secouai la tête pour les chasser en arrière, en poussant un grognement. Il me faudrait de longues heures pour les démêler.

Je traversais le parking du gymnase ; mon corps tremblait de froid, malgré ma marche soutenue. Ma respiration faisait un nuage de buée devant ma bouche. Mon nez gelé était engourdi et rougi. Les mains frigorifiées enfoncées dans les poches, je regrettai d'avoir oublié mes gants.

Soudain, je me stoppai net, perplexe. Un frisson désagréable me parcourut. Je ressentais une présence étrange, l'impression déplaisante d'être observée. Mon cœur s'engagea dans une course folle. Je tournai sur moi-même sur mes gardes, effrayée. L'obscurité de la nuit tombante m'oppressait. Les lampadaires étaient éteints sur trois cents mètres. Cette portion de chemin pédestre bitumé menait au stade où des matchs sportifs locaux étaient organisés. Je pris une profonde inspiration, et choisis de courir pour fuir l'obscurité et ma peur. Mes tennis de marque martelaient le sol, troublant le silence pesant.

J'atteignis le parking désert du stade baigné dans le noir. Nous y faisions nos courses d'endurance, tous les jeudis matins avec le professeur de sport. Malgré que je le connaisse par cœur, les peupliers  agités par le vent, tel de grands géants vivants, m'effrayaient. Le lumineux et fin croissant de lune jouait à cache-cache avec les nuages. Il apportait une ombre inquiétante au bois que je devais traverser. Je m'arrêtai à l'orée de la clairière essoufflée en regardant ma montre.


Dix-sept heures et quart, j'ai marché vite. Il me reste dix minutes pour arriver jusqu'à l'arrêt de bus. J'y serai juste à temps. Aller courage, le Grand Méchant Loup n'existe pas, pensais-je.

Je pénétrais dans le bois, une boule au ventre. Ma bouche s'était desséchée. Mon cœur tambourinait douloureusement dans ma poitrine. Quelle mauviette !

Le sous-bois était obscur, les ombres inquiétantes s'allongeaient, m'empêchant de voir mes pieds. L'odeur de l'humidité mousseuse et des champignons frais m'envahit. Le vent jouait dans la cime des arbres. Leurs branches rendues nues par la saison hivernale crissaient les unes contre les autres. Le souffle de la bise chuchotait une chanson inquiétante à mon oreille. Une chouette hulula sinistrement, me faisant sursauter. Mon instinct me poussa à presser le pas, fuir.

J'aurais aimé être dotée d'une vision nocturne comme un chat. Les branches des arbres fouettaient mon visage, ralentissant ma course. Heurtant une protubérance sur le sol, je chutai en avant. Mes genoux ont buté violemment sur des pierres. Je me relevai maladroitement, un sifflement de douleur s'échappa de mes lèvres. Pliée en deux, je frottais mon jean glacé qui collait à ma peau, nettoyant la terre humide, des branches et des feuilles mortes qui s'y accrochaient. Rejetant mes cheveux en arrière d'un mouvement de tête rapide, ils se prirent dans une branche qui me surplombait légèrement. Je me tortillais pour essayer de les décrocher. La panique commençait à m'envahir, j'avais l'impression d'être un petit animal prit au piège. Les battements affolés de mon cœur troublaient le silence inquiétant.

Je saisis la branche glacée entre mes mains, la cassais facilement en deux. Le bruit sec retentit. Le rideau rouge de mes cheveux s'abaissa brusquement. Deux petits ronds jaune lumineux me fixaient. Je sentis une forte odeur de chien mouillé mélangée à la terre. Un grognement profond se fit entendre. Des crocs d'une blancheur éclatante apparurent comme par magie. Terrifiée par leur longueur, mes yeux s'exorbitèrent. Ma bouche s'ouvrit lentement et silencieusement. Un son strident s'échappa de ma gorge. Je me retournai pour m'enfuir.

Une violente pression se fit à la base de ma gorge. Les crocs transpercèrent ma chair. La douleur cinglante me fit hurler. Je me tortillai et tentai de pousser l'énorme museau de mon assaillant. N'y parvenant pas, je tirai sur ses moustaches et plantai mes longs ongles dans ses babines. Sa salive me dégouta, mais je réussi à le faire couiner. La bête sauvage était énorme et lourde, sa fourrure argentée brillait dans le noir. Guidée par mon instinct, ma peur et ma colère, je lui donnai de puissants coups de pieds au hasard, pinçais ses oreilles et ses narines. Les crocs me lâchèrent brusquement, je vacillais déséquilibrée. Le monstre gronda, ses pattes puissantes me poussèrent violemment. J'atterris brutalement sur le sol, le souffle coupé. Mon dos percuta des pierres saillantes. M'étant violemment cognée la tête, une douleur fulgurante brouillait ma vue ; mes oreilles sifflaient.

Les pattes puissantes de la bête me maintenaient au sol. Ses crocs déchiquetaient mon blouson et mes vêtements. Ma poitrine comprimée ne laissait passer l'air, je suffoquais. Mes veines n'étant plus irriguées en oxygène, ma tête tournait. Mes bras esquissaient de pauvres gestes désordonnés pour repousser vainement le prédateur. Mes poings frappaient son crâne. J'empoignais sa douce fourrure épaisse et tirai dessus. La bête fit claquer ses crocs en grognant près de mon visage visiblement agacée. Son haleine chaude m'envoyait des relents putrides de viande en décomposition. Je m'immobilisais pétrifiée.

Je sentais quelque chose de chaud et humide sur ma jambe blessée, une douleur lancinante me fit couiner de douleur lorsque je voulus la bouger. Elle était sûrement cassée et saignait.

Impuissante devant cette énorme bête sauvage qui faisait environ trois fois mon poids, je compris que mon sort était jeté. Le froid mordit ma cage thoracique mise à nue. Un grondement sourd s'échappa de cette énorme gueule. Les crocs aiguisés comme des couteaux pénétrèrent ma peau tendre ; ils m'arrachèrent un lambeau. Ma chair se déchirait facilement dans un bruit mouillé. Les mains agrippées à la fourrure chaude, la tête rejetée en arrière, un hurlement strident venu de mes tripes secoua la forêt toute entière. La douleur était cuisante, insupportable.  Des larmes brûlantes fuyaient mes yeux et brouillaient ma vue.

Ce monstre aurait pu me tuer avant de me dévorer vivante !

La bête cruelle lécha ses babines avec sa longue langue rose et rugueuse se délectait du goût de ma chair. Ses crocs lacéraient profondément ma chair dans un bruit de succion. Je sentais un liquide couler de mes plaies. Mon visage était éclaboussé par mon sang. Chaque morsure m'arrachait un hurlement de douleur. Je priai pour que les proches habitations m'entendent ou que je meurs rapidement.

Soudain, une masse volumineuse et blanche heurta violemment mon agresseur. La rapidité de cette intervention ne me permit pas de comprendre de quoi il s'agissait. Le tronc épais d'un arbre m'empêchait de voir ce qu'il se passait. Cependant, j'entendais des grondements, des coups et des couinements. Des branches se brisaient à plusieurs mètres de moi. Il s'agissait d'une bagarre violente.

Ramenant ma conscience à mon corps, je compris que j'étais trop faible pour bouger. La douleur était insupportable et lancinante. Osant regarder ma cage thoracique, la vue de mes profondes blessures me donna un haut le cœur. Je vais mourir, pensai-je tristement. Le sang qui s'écoulait de mes plaies semblait être brûlant. Les sensations quittaient progressivement mon corps. Je me sentais légère comme si je le quittais. On dit souvent que notre vie défile devant nos yeux quand on meurt, ce ne fut pas mon cas. J'eus une pensée pour mes parents. Un silence paisible m'envahit comme je me sentais partir pour l'au-delà. Mes yeux se fermèrent.




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