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Romance
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Catégorie : Romance
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6pts
Lecture Zen
Nous avions tout prévu ! Ta venue un jour et dans cette seule optique, lés après lès une chambre s'était embellie de ton attente. Mais la vie est ses couperets arides savent si bien nous rattraper. Le papier au mur à jauni et jamais ventre ne fut plus stérile. De lune en lune, de médecin en médecin jamais il ne s'est arrondi, jamais il ne s'est rempli.

Les jolies poupées, dans leurs cages de cellophane sont restées là, toujours à me rappeler cette aridité permanente et le sang de chaque mois n'a jamais d'espéré que toi et moi. Nous avons vu les saisons défiler, former tant d'années, puis comme pour les pires naufrages, la blessure s'est cicatrisée, mais jamais vraiment totalement refermée !

Dans les parcs où courent les bambins des autres, c'est toujours avec nostalgie que d'un œil mouillé je regarde passer cette meute de jeunes loups affamés. La vie grouille partout, la vie est devant moi. Alors cette absence cruelle remonte en sanglots étouffés, lors de ces nuits où le trop-plein d'émotion me laisse pantoise et triste.

Ta main a cependant gardé la mienne en elle, mais les cheveux d'argent de tes tempes sont autant de souvenirs de ces petits matins gris, ou le rouge sang anéantissait à nouveau un espoir croissant. Tu as la voix douce, le sourire facile, mais sous tes airs d'homme heureux se cache le même drame que celui qui m'habite aussi.

Souvent, je me souviens avec nostalgie de ces prénoms choisis, garçon ou fille, et quand une chanson parfois nous en rappelle l'un ou l'autre, je lis dans tes yeux ce léger brouillard de ce manque. Nous nous sommes aimés sans aucun doute, tellement plus fort pour surmonter cette épreuve.

Alors amour, quand cette grosse patte serre ma petite menotte, que tes prunelles viennent me dire ce que tes mots ne peuvent plus raconter, quand d'un haussement d'épaules tu effaces les jours mauvais, je hais ce bidon qui n'a jamais su te donner ce que tu attendais. Et les ballons qui glissent sur une pelouse verte et rase restent bloqués dans ta tête, j'en suis certaine.

Maman, celle que j'aurais aimé être, celle que je ne serai jamais, celle que tu voulais aussi sans doute. Dire que tu as tout fait pour que je le devienne ; maman ! Dieu que ce vocable m'est pénible à dire autant qu'à écrire. Pas de gazouillis d'oiseau, pas de chaise haute, encore moins de berceau, dans cette chambre pourtant si minutieusement préparée. Alors la porte fermée le reste et le vide du couloir qui nous empêche de l'ouvrir, serre la gorge et fait piquer les yeux.

Les miens se sont taris d'avoir trop coulés, les tiens aussi se sont délavés et quand un poème chante les louanges d'un ventre rempli, d'une naissance... ce sont mille maux qui reviennent en nous par ces mots si magiques. Je sais le prix de ton amour, je connais le sacrifice que tu as dû faire pour ne pas te jeter dans d'autres bras. Je sais les moments douloureux aux premiers pas de tes neveux et nièces, j'ai lu dans ton regard cette douleur sans borne.

Je te sais gré d'être toujours cette main secourable, d'avoir encore la force de me sourire, de murmurer ces « je t'aime » et faut-il qu'ils soient vrais pour que tu ais réussi à rester près de moi. Nous vivions les saisons, celles de ces premières heures, où nous parlions bébé, où nous vivions bébé. Puis le temps qui glisse comme sur des nuages imaginaires, emporte avec lui les rêves, même les plus doux. Combien de murmures se sont arrêtés nets avec une feuille blanche où seuls quelques mots anéantissaient ces derniers espoirs ?

Petit à petit nous avons donc vécu pour nous, toi pour moi, moi pour toi et rien d'autre n'a plus compté. La chambre aux angelots tous neufs, la chambre au rose pastel et au bleu ciel n'a plus jamais été ouverte et la boite à musique lumineuse ne tournera jamais pour personne. J'en ai surpris de tes soupirs au seuil de notre lit, alors que tes yeux tournés vers ce qui devait être un nid douillet et n'était plus rien d'autre qu'un crève-cœur sans nom. J'ai entendu parfois, dans les nuits de cauchemar ces mots qui revenaient sans cesse, ceux de ton angoisse jamais apaisée.

Mais malgré toutes mes prières, malgré toute ma bonne volonté, elle, il n'est pas venu, et nous avons pourtant continué à nous donner la main. Avec Jacques* nous avons si souvent pris le « muscat du dimanche » alors que la pendule de l'entrée égrenait ses secondes si lourdes à porter. Avec le même homme, j'ai si souvent susurré « ne me quitte pas » à le maudire d'entendre ces mots si faux, « tout peut s'oublier, qui ne s'oublie déjà ».

Non, ceux-là ne s'oublieront jamais, ils sont là ancrés pour d'obscures raisons qui parfois m'ont fait aussi haïr un plaisir tout simple, celui de voir les risettes sur des visages de mères heureuses. Pas de souris pour passer chercher une dent, pas de bougies à souffler avec un fou rire, pas de langes à changer, pas de... enfin rien de tout finalement. À ne plus vouloir sortir, à ne plus aimer aller chez ceux qui comme le dit Lynda*, n'auraient pas voulu de « marmaille ». Mais nous sommes toujours deux pour assumer cette absence, pour vivre avec ce trou béant dans notre existence.

Alors mon Michel, toi et moi avons tant partagé, avons tellement vu de matins sombres à la vue de ce sang que j'ai si souvent maudit, avançons encore un peu. Je voudrais encore avoir le temps de te dire, te redire combien malgré toutes ces angoisses, et cette aridité sans borne, je t'ai aimé. Et je sais, je sais bien, qu'à toi aussi, il t'en aura fallu du courage, pour ne pas t'enfuir avec une autre qui sans doute aurait comblé tes nuits autant que tes jours. C'est encore à genoux que je te demande pardon... pardon de n'avoir pas su t'offrir... le choix d'un prénom !



Jacques Brel : Les vieux et Ne me quitte pas
Lynda Lemay : La marmaille et J'veux pas d'enfant




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