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La prairie... (1)
Romance
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Auteur :
Catégorie : Romance
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5pts
Lecture Zen
Le soleil réchauffe ma peau. Il fait beau aujourd'hui, bien que Mai vienne à peine de débuter, il fait beau...

      Au beau milieu d'un cours de français, une élève entra brusquement dans la salle de cours. Tous les regards se tournèrent naturellement vers elle. Elle balayait du regard la pièce, et on pouvait lire sur son visage, la panique qui la submergeait. Le professeur, d'abord surpris par cette entrée brutale, perçut très vite l'urgence de la situation.
- Que se passe-t-il ? lui demanda-t-il d'une voix aussi rassurante qu'il le pouvait.
- Personne ne répond ! balbutia-t-elle. Mais la porte est verrouillée ! Il y'a quelqu'un à l'intérieur des toilettes, mais il ne répond pas ! Venez ! Il y a quelqu'un !


      Je ne crois pas connaitre de plus simples plaisirs que de sentir sur moi les rayons du soleil. Mêlés au vent presque imperceptible du printemps qui frôle et caresse mon visage, le bonheur est infime et infini. Le temps est tellement clément aujourd'hui que j'ai l'impression d'être déjà en été. C'est agréable, vraiment. J'aime ces sensations, comme si une main faite de douceur et légèreté embrasait délicatement mon visage à chacune de ses caresses. Si la vie offre mieux que d'être allongé au milieu d'une prairie, sous un ciel parfait, à ne rien faire d'autre que savourer le temps qui passe, dites-le-moi, je suis preneur. Je dois sans doute être bizarre à aimer être ainsi éloigné de tout, juste étendu dans l'herbe. J'aime me perdre en fixant ces gros nuages passés au-dessus de moi, si blanc qu'ils me rappellent les vastes étendues de neige en hiver. Je crois que j'aime la simplicité, celle du ciel et ses quelques couleurs. Celle de l'hiver et de ce blanc qui recouvre toutes les imperfections de notre civilisation. L'uniformité est magnifique. L'uniformité est reposante.

- J'ai entendu un bruit sourd provenant des toilettes, et quand j'ai essayé d'y entrer, j'ai vu qu'elle était fermée. Je suis sûre qu'il y a quelqu'un, expliqua plus posément la jeune élève, la voix tremblante.
      Immédiatement, le professeur la prit par l'épaule et sortirent de la salle, sous les murmures naissants des élèves. D'un pas pressés, ils se rendirent dans les toilettes, toujours fermées. Il tourna machinalement plusieurs fois la poignée, en donnant quelques coups d'épaule. Il imagina un élève violant le règlement du lycée.
- Ouvrez cette porte ! Si je vous surprends à fumer ou vous droguer dans cet établissement, vous aurez de graves problèmes ! Qui que vous soyez !


      Mais ne pensons pas à l'hiver maintenant. Préférons plutôt l'été qui approche à grands pas, et ce printemps qui enivre mon esprit du parfum exquis des lilas en fleur. Il n'y a rien d'autres à dire, les saisons chaudes sont plus agréables que l'automne et l'hiver. Tout y est si plaisant, tout me mène à savourer le présent. A penser à l'avenir. Le passé, je le garde pour l'hiver, c'est bien trop déprimant. Tout ce que je souhaiterai en cet instant précis, c'est que ma famille soit là, profitant elle aussi de ce calme que trop peu de gens s'accorde


- Sortez d'ici ! gronda le professeur.
      Cette fois-ci sa voix était plus apeurée. Il semblait avoir entendu comme un gémissement venant des toilettes. Tellement infime que son cœur s'était serré. Il espérait vraiment s'être trompé. L'idée d'une violation du règlement s'était dissipé. Quelqu'un était en danger dans ces toilettes. Peut-être un malaise. Peut-être un chagrin d'adolescent. Cette période est si compliquée. Tous ces jeunes sont à fleur de pots. Ils ressentent tout tellement plus fort, prennent tout plus à cœur.
- Dispersez-vous ! gronda-t-il aux élèves qui s'étaient approchés, alertés par les coups portés à la porte qui résistait.


      Bien que je marche toujours avec de la musique dans les oreilles, que je m'allonge dans cette prairie non loin de chez moi, j'aime être au calme. Je n'écoute que le lointain bruit des voitures. On ne peut jamais vraiment se débarrasser des moteurs, mais cela ne me gêne pas. Le bruissement que produit le vent dans les arbres arrive partiellement à masquer le bruit de l'homme. Les croassements des grenouilles brisent parfois le chant d'Eole. Mais la nature fait aussi de jolis sons, ne serait-ce que ceux des oiseaux.


- Allez chercher un gars de la maintenance ! ordonna le professeur à la jeune fille qui courut aussitôt.
      En les attendant le professeur continua de donner de puissants coups de pied dans la porte. Mais quoi qu'elle cachât, la porte continuait de garder son secret.


      Les oiseaux. Il s'agit sans doute de l'espèce la plus chanceuse de notre planète. L'homme peut marcher, courir, nager par ses propres moyens. Mais dès qu'il s'agit de voler, il est obligé s'avoir recourt à des artefacts. C'est en cela que j'envie les oiseaux. Je les envie de pouvoir se laisser porter par le vent, de voir le monde depuis le ciel. Souvent c'est ce que j'imagine quand je suis allongé dans ma praire. Je ne peux qu'imaginer les sensations lors d'un vol à l'air libre, mais cela ne peut être que merveilleux. Je vous l'ai dit, dès que je pense à voler, mon imagination prend le relai, et doucement je m'endors. Il était temps, c'est toujours comme ça que se termine ces moments dans ma prairie. La fatigue me gagne. J'ai essayé au maximum de profiter du soleil, mais le sommeil est un ennemi contre qui on ne peut lutter ; il gagne forcement.
      
      Alors que je m'apprête à rêver, j'entends un bruit assourdissant et je sursaute. Mais je n'ai ni la force ni l'envie de me redresser. Je tourne la tête, m'apprêtant à voir surgir un tracteur de la petite route par laquelle je suis arrivé. Mais rien n'apparait. Ce bruit se fait de plus en plus fort et un bruit métallique s'y entremêle.


      Soudain des voix se font entendre, au début incompréhensible, puis de plus en plus claires. Elles se rapprochent. Je ne suis pas sûr, mais j'ai l'impression que ces personnes se disputent. Je reconnais le bruit métallique, c'est celle d'une serrure que l'on essaie d'ouvrir, mais il y a tellement de clés au trousseau qu'il faut plusieurs tentatives.


- Dépêchez-vous d'ouvrir cette saleté de porte ! Il y a quelqu'un d'inconscient à l'intérieur.
      Je reprends conscience un court moment. J'avais presque oublié ce passage de ma vie. Nous ne sommes pas au calme, et je ne suis pas allongé dans la prairie à quelques centaines de mètres de chez moi. Je suis allongé sur un sol humide et glacial. J'ai sans doute dû faire un malaise, et j'ai rêvé du beau temps. J'ouvre les yeux et je remarque qu'il y a beaucoup de sang. Sans doute me suis-je cogné pendant ma chute.
      
      J'essaie de me relever mais c'est avec horreur que je constate que je n'en ai pas la force. La porte finit par s'ouvrir. Quand j'aperçois les regards terrifiés se poser sur moi, la réalité me rattrape douloureusement. C'est comme si mon corps s'était assoupi jusque-là et qu'il se réveillait brutalement. Mon corps ne m'a jamais fait aussi mal. Tous mes muscles sont en alertes et sont pris de convulsions. Je n'ai jamais senti mon cœur battre aussi fort dans ma poitrine. Je sens mon sang pulser dans mes artères.


      J'ai quitté le cours d'histoires car j'avais soif. Je ne me souviens pas ce qu'il m'a pris, mais j'ai donné un violant coup de poing dans le miroir au-dessus des lavabos. En voyant les débris au sol, et quand mon cerveau comprend d'où vient cette douleur dans la main, comment mes phalanges se sont brisés. C'est ça une véritable douleur ? Tellement intense que l'on oublie ce qui l'a provoqué ? Pourquoi ai-je fait ça ? Je ne me souviens plus de ce qui m'a poussé à faire ça. Et pourquoi un simple coup de poing m'a fait perdre conscience. Et tout ce sang... d'où vient-il ? Soudain mon cerveau se rappelle. J'ai ramassé un fragment du miroir. Pourquoi étais-je en larmes en le serrant dans ma main. Oui je me souviens de ce que j'ai fait à présent.


      Je ne suis qu'un coquille vide à présent. Cela plusieurs années que je ne suis plus vraiment heureux. J'ai lutté chaque jour, espérant que celui d'après serait mieux. Mais aujourd'hui j'en ai finis. Je me suis tué. J'ai essayé de survivre jusque-là, mais il y a quelques minutes j'ai renoncé à le faire. J'ai toujours pensé que je n'en aurais jamais le courage. Mais au plus bas, une pulsion a agi. J'ai inventé une excuse pour me rendre aux toilettes. Je m'y suis enfermé. Et j'ai abandonné. J'ai frappé une dernière fois pour laisser libre ma rage, et du poignet jusqu'au coude je me suis ouvert le bras.


      Le professeur se précipite sur moi, suivi par le gars de la maintenance. Je ne les comprends plus me parler. J'entends juste mon souffle, comme si mes oreilles cherchaient à me convaincre que ce n'était pas la fin. Un instant, je revois ma douce prairie, calme et paisible, mon paradis. Et l'instant d'après, je suis dans mon enfer quotidien. Des mains me touchent, me pressent, ces inconnus essaient de toutes les forces de me retenir parmi eux.


      Mais je réalise que je meurs, et une larme coule. Mais je m'efforce de sourire. Et là je la revois pour la première fois. Je ne l'avais pas remarqué jusque-là. Cette élève qui me fixe en pleurant, les mains plaquées sur sa bouche pour étouffer ses sanglots. Quelqu'un me pleure déjà. Pourquoi ne m'a-t-on jamais fait ressentir que j'existais, que ma vie avait de la valeur. Elle ne pleure pas devant le tragique de la scène, mais bien parce qu'une personne va mourir. Elle intercepte mon regard et je ne la quitte pas des yeux. Elle va m'accompagner. Je suis revenu dans ma prairie, je n'ai plus mal. C'est fini.


      Le soleil réchauffait ma peau. Il faisait beau aujourd'hui, bien que Mai vînt à peine de débuter, il faisait beau...




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